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Haut potentiel: quand les troubles s'en mèlent

Dans cette rubrique, vous trouverez défini un autre groupe d’enfants différents : ceux présentant un haut potentiel auquel s'associe-nt un ou plusieurs troubles neuro-développementaux.

Ainsi, les HP DYS, les HP TDA/H feront ici l’objet d’un éclairage particulier. En effet, la reconnaissance de ces profils singuliers, leur identification précoce par un diagnostic différentiel expert, de même que leur prise en charge nécessairement spécifique sont complexes.

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Dans la rubrique « Précocité intellectuelle », est décrit un certain nombre de caractéristiques permettant de reconnaitre le profil global d’un enfant à haut potentiel, de l’identifier, de mieux prendre en charge ses particularités. Le concept de « dyssynchronie » élaboré par Jean-Charles TERRASSIER y est également abordé.  

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Dans notre article « Les troubles neuro-développementaux», sont détaillés les profils d’enfants DYS, TDA/H... La diversité des symptômes, les liens et associations qui peuvent exister entre différents troubles neuro-développementaux soulignent l’importance majeure d'un diagnostic différentiel. La prise en charge du handicap doit être adaptée en conséqence.


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Dans le cas où troubles neuro-développementaux et haut potentiel s'associent, il est légitime de se questionner sur leur coexistence. Qu'il s'agisse de cooccurence ou de comobidité, dans tous les cas, le diagnostic est essentiel pour l’enfant.  

« Quand un enfant pertinent et intelligent est en échec scolaire, il convient de se poser la question de l’association de son HP à un ou plusieurs troubles des apprentissages. »

Source CERENE: http://www.cerene-education.fr/fr/les-besoins-pedagogiques-specifiques/precocite

Selon Sylvie TORDJMAN, expert ANPEIP, "il est en effet essentiel, afin de proposer des prises en charge thérapeutiques adaptées, de ne pas passer à côté du surdon chez un enfant consultant pour des difficultés scolaires, des troubles du comportement ou des affects dépressifs. L'évaluation, entre autres, du niveau d'efficience intellectuelle peut s'avérer être une étape importante. Le sujet n'est pas certes réduit à un quotient intellectuel (QI), mais la prise en considération de ce même QI, lorsqu'il est élévé et que l'enfant est en échec scolaire, peut exercer un effet révélateur, contribuer à restaurer le narcissisme de l'enfant, permettre de porter sur lui un regard différent, et relancer toute une dynamique tant au niveau de l'enfant que de son environnement parental ou scolaire. Rappelons cependant que tous les enfants en échec scolaire ou présentant des troubles du comportement ne sont pas des surdoués, et que les enfants surdoués ne sont pas tous en difficulté. Il ne faudrait pas néanmoins minimiser le problème posé par les enfants surdoués en difficulté, ou le mettre à distance, soit en méconnaissant sa fréquence, soit en considérant que ces enfants «trop intelligents» n'ont pas besoin d'être aidés. "

Extrait de l'article de S. TORDJMAN "Enfants surdoués en difficulté : de l’hyperactivité avec déficit attentionnel à la dépression et l’échec scolaire"

 

Haut potentiel et troubles neuro-développementaux (DYS et/ou TDA/H par exemple) peuvent-ils s’associer ?

HP et DYS ne requièrent pas forcément la présence l’un de l’autre mais peuvent effectivement s’associer. Il en est de même pour HP et TDA/H.

Ce sont certains signes spécifiques, bien plus qu'un trouble neuro-développemental lui-même, qui peuvent alerter les parents, interroger les enseignants et tout professionnel accompagnant, sur l’éventualité d'une association entre trouble et précocité intellectuelle.

Le haut potentiel et les troubles, liés ou non, s’expriment ensemble et prennent la forme d’un tableau global complexe. L’expression du HP et les manifestions DYS par exemple se chevauchent. Etroitement imbriqués, indissociables, interdépendants, haut potentiel et troubles peuvent revêtir un tout autre visage, voire même parfois être masqués, se masquer, et; de fait, passer inaperçus. 

Haut potentiel seul

Troubles neuro-développementaux seuls

Haut potentiel associé à un ou plusieurs troubles neuro-développementaux

sont trois problématiques à distinguer les unes des autres !

 

Le dépistage HP DYS est-il possible ? 

Même en intime interaction, et le haut potentiel, et les troubles dys peuvent être détectés, l’enfant surdoué exprimant malgré tout le retentissement de ces « DYSfficultés ». Il convient toutefois d'être conscient que les signes d’alerte respectifs du haut potentiel et des troubles DYS ne seront pas forcément expimés de façon "classique". 

Un test de QI hétérogène peut être le premier des indicateurs, levant le doute ou confirmant une possible association. Ce sont les bilans complémentaires ciblés qui permettront d’apporter une précision optimale sur le diagnostic, d’appréhender au mieux les spécificités intellectuelles et cognitives de l’enfant. 

   "Les enfants à haut potentiel sous-réalisateurs" de Hélène RIBEIRO

Dans le cas de co-occurence comme de comorbidité, les compléments au bilan psychométrique seront utilisés pour préciser les propositions de suivi spécifique. Les pratiques scolaires et éducatives seront adaptées aux besoins particuliers de l’enfant.  

Le diagnostic et la prise en charge d’un haut potentiel associé aux troubles dys ,et par extension, à tout trouble neuro-développemental, peuvent être retardés mais ne sont pas impossibles. Il est indispensable d'investiguer dans cette direction.     

 

Pourquoi l'identification des  DYS HP est-elle fréquement retardée ?

Il arrive que le haut potentiel masque les « DYSfficultés », tout comme, inversement, que les troubles soient si importants qu’on en oublie de penser que l’enfant pourrait être surdoué.  

En effet, un enfant surdoué porteur de troubles peut mettre en place spontanément et ce, dès son plus jeune âge, des stratégies de contournement, d’évitement. Il "compense" en s’appuyant sur ses connaissances et ses points forts pour minimiser l’expression de ses défaillances. Celles-ci, de fait, peuvent rester invisibles pendant des années. 

Le potentiel permet naturellement à l'enfantde trouver ses propres outils. Masquant ainsi ses handicaps, il peut réduire la sévérité de ses troubles, les troubles discrets pouvant être quant à eux complètement occultés. On ne perçoit alors que la partie émergée de son potentiel.

L’expression de troubles majeurs peut aussi gommer le haut potentiel.

Dans le cas d’une dyslexie, d’une dyspraxie, d’un trouble de l’attention, sévère… l'entourage de l'enfant a du mal à envisager l’éventualité d’un haut potentiel.

 

Comment s'explique la complexité du diagnostic DYS HP ?

Par ce « camouflage naturel », les troubles DYS et/ou le haut potentiel sont souvent difficiles à identifier. Parfois, l’un cachant l’autre, il arrive que ne soit évoqué, ni précocité, ni trouble alors même que certains items des  tests psychométriques « bien réussis » pourraient être évocateurs (cf témoignages). Ainsi, le diagnostic du haut potentiel AVEC des troubles DYS associés est retardé si le professionnel n’est pas formé aux spécificités de l’enfant « multiplement exceptionnel ».  

Fort heureusement, un professionnel spécialiste attentif ne doutera pas face à un enfant qui, effectivement, ne présente distinctement, ni le tableau d’un enfant HP, ni d'ailleurs celui d’un enfant dyslexique, dyspraxique, DYS…, TDAH. Face à un certain nombre de fragilités qu’il suspectera d’être compensées,  il ne donnera pas un chiffre de QI total, mais évoquera plutôt des résultats « hétérogènes ». Il investiguera jusqu’à identifier le trouble, même si parfois le diagnostic est difficle à poser.

"Pour les jeunes en difficulté qui présentent les deux caractéristiques (TDHA & HP), il est primordial de s'attarder au portrait complet pour leur venir en aide. Par contre, le tableau n'est pas simple à dresser." Dr. O.Revol

Il est essentiel lors du bilan de partir des symptômes et de leur association, plutôt que des syndromes, de se centrer sur une analyse fonctionnelle des difficultés mais pas seulement. Les difficultés de l’enfant sont à pointer !

 

En quoi le test de QI est-il nécessaire mais pas suffisant ?

Le test de QI se présente en une série d’épreuves variées : verbales, perceptives, testant la mémoire de travail et la vitesse de traitement des informations. S’il est indéniablement un excellent outil qui permet d'orienter le praticien, il ne constitue cependant pas à lui seul une fin en soi. Le test de QI est à inclure dans un bilan global. L'écoute, l'observation de la passation apportent également des éléments importants.

« Le QI est seulement un indice, comme l’est un 39 de fièvre. Il ne suffit absolument pas à établir un diagnostic. Il faut l’inscrire dans le cadre d’un bilan psychologique global permettant de mieux cerner la personnalité de l’individu et son fonctionnement mental. Ainsi un QI élevé peut être obtenu par une personne qui surinvestit la sphère intellectuelle et se raccroche aux aspects logiques de son raisonnement pour se prémunir d’angoisses internes violentes et destructrices. Si l’on ne détecte pas ce phénomène, on ne comprend pas que ce « surdon dysharmonique» cache des troubles psychologiques qui peuvent être graves. Un écart trop élevé entre QI verbal et QI performance est souvent un indice : en pratique si l’écart est supérieur à 12, le QI total n’a plus de sens. Mais aujourd’hui trop de diagnostics sont établis sur la seule base d’un score élevé au QI total. »

Jeanne SIAUD FACCHIN

Pourquoi le diagnostic différentiel est-il si essentiel ?

En cas de suspicion de trouble-s associé-s, une analyse plus large détaillant les dimensions cognitives variées doit être entreprise. Les hypothèses du spécialiste seront confirmées ou infirmées, puis affinées par l’intégration d’outils d’évaluation complémentaires. Par exemple, on appréciera et on évaluera plus en profondeur le langage écrit et l’écriture, le sens des nombres, les fonctions attentionnelles, exécutives, la prise d'information visuelle, la réponse motrice, les praxies, le langage dans ses diverses composantes, les processus de mémoire, la cognition et le traitement de l’information sociale, la personnalité...

En fonction de ces investigations différentielles, le diagnostic sera affiné. Lors de la restitution du bilan, le professionnel pourra ainsi mettre en valeur les points forts et aptitudes de l’enfant. Pouvoir se faire une bonne idée de ses talents et de ses difficultés éventuelles permettra à l'enfant de modérer un handicap avéré, de compenser un trouble pourtant bien présent.

Il est essentiel pour son bien-être tout autant que pour sa réussite scolaire et sa confiance en lui que l’enfant « multiplement exceptionnel » puisse prendre conscience, mettre des mots sur ces difficultés. 

 

Les profils HP DYS nécessitent-ils des prises en charge plus spécifiques ?

Les professionnels, qu’ils soient neuropsychologues, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, orthoptistes, doivent être en capacité de non seulement connaitre le Haut Potentiel et les troubles DYS, de comprendre et savoir les prendre en charge dans leur globalité, mais aussi de savoir se coordonner pour affiner les investigations, adapter ensemble les rééducations avec des dispositifs originaux. Une prise en charge multimodale, bien plus qu'une juxtaposition de thérapies est indispensable (en particulier dans le cas de comorbidités) à condition d'avoir préalablement défini des cibles prioritaires.

C’est grâce à la constitution d’une équipe pluri-disciplinaire travaillant en étroite collaboration, école y compris, que l’enfant aura toutes ses chances de trouver des outils pour contourner son handicap.  Créer, adapter des dispositifs

 

Quand se poser la question :« Peut-être un ou plusieurs troubles DYS en plus du haut potentiel ? »

Lorsqu’une précocité intellectuelle a été identifiée, il convient de rester vigilant et même d’investiguer en direction de possibles troubles neuro-développementaux, en particulier pour les EIP présentant un mal-être, une sous réalisation scolaire chronique et durable. 

En effet, une souffrance installée, une perte de confiance et d’estime de soi inhabituelle, une phobie scolaire durable, un trouble du comportement persistant, et/ou des difficultés scolaires inexpliquées, croissantes, … peuvent pointer la présence de troubles chez un enfant identifié à haut potentiel.

Afin de lever le voile sur l’origine de ses difficultés et de son mal être, il est primordial de consulter chez un professionnel spécialiste des troubles des apprentissages et averti du haut potentiel pour que soit affiné le diagnostic. Pour autant, il reviendra à ce professionnel de ne pas non plus attribuer trop vite une « sous réalisation » affectant le degré de réussite et le développement de la personnalité de l’enfant à la seule présence d’un trouble neuro-développemental! 

 

Quand se poser la question « Peut-être un haut potentiel associé aux troubles DYS ? »

Inversement, le professionnel qui diagnostique un ou plusieurs troubles DYS, doit parfois envisager l’éventualité d’un haut potentiel associé. Il sera attentif à l’hétérogénéité du test de QI. Certains subtests étonnamment bien réussis témoignant d'une avance notable de l'enfant par rapport aux enfants de sa tranche d'âge, d’autres à l'inverse chutés ne manqueront pas de l’orienter et d'ouvrir la piste d'un profil haut potentiel.

De même, des résultats scolaires qui ne reflèteraient pas les grandes facilités à l’oral de l'enfant, son esprit vif et pertinent, peuvent s’avérer être de précieux indices évoquateurs d’un profil HP.

La présence dans la fratrie, la famille proche, de parents identifiés comme surdoués, peut aussi attirer son attention.  

 

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